extraits de "La naissance à l'envers" de André Marie.
L'entrée des nganga fait l'objet d'un rituel assez complexe.
Après le balayage rituel de la mbandja, et pendant que les nganga se
préparent dans 1a chambre des hommes, le kambo s'empare de la torche,
l'allume au feu et fait le tour de la mbandja avec un geste qui rappelle
le balayage du lieu rituel (sorte de bénédiction des lieux associée
d'ailleurs à l'arrosage par la yombo avant la naissance). Il va frapper
avec la torche devant la porte des yombo, fait le tour du feu et vient
frapper contre la porte des nganga.
C'est à ce moment précis que le cithariste doit prononcer la formule:
"Mobakaka (l'oeuf éclate) dissumba ngui, douma yéké, yéké ka mouma ewa",
et que les joueurs d'obaka doivent frapper ensemble (c'est un signe
du bon déroulement de la cérémonie, toute discordance à ce niveau est
mauvais présage) un seul coup d'obaka. (voir MOBAKAKA)
C'est alors seulement que les trois nganga peuvent sortir, cette
sortie symbolisant la sortie des trois hypostases divines de l'oeuf
originel. Les trois nganga s'arrêtent d'abord un moment devant leur
porte en fixant le kambo qui se tient debout en arrière du feu, la
torche brandie en l'air. Après l'agitation de la clochette commence
la marche des nganga dans l'espace purifié par la torche et l'arrosage.
Les trois nganga font le tour du kambo et s'arrêtent devant la porte
des yombo. De même que le cithariste a dit, lors de l'arrêt devant
la porte des hommes, "le soleil est apparu", ici il dit "la lune est
apparue". Ils refont le tour du feu et s'arrêtent à gauche de l'autel
puis à droite. A chaque fois le cithariste prononce une formule qui
concerne la cithare elle-même, le troisième personnage. Enfin ils font
un tour sur eux-mêmes pour se retrouver devant l'autel.
Le kambo, ayant préalablement déposé la cuvette d'eau devant l'autel,
se retire à sa place, à l'entrée du temple, et i1 n'éteindra la torche
que lorsque les trois nganga, ayant procédé au rangement des objets
rituels et au nettoyage de l'autel, entameront le rite de fumigation
des trois cigarettes (EGNOU TAGHA).
Lors de la sortie chaque nganga porte un certain nombre objets rituels:
- Le nganga du centre tient la torche d'abel (arbre à copal)
différente de la torche de fibres (nkouma) du kambo, et une
clochette;
- le nganga féminin, Egnépé, tient le hochet (sokè) et une bougie;
- et le nganga de gauche (coté des hommes) tient le drapeau,
le ngwa (petit bouclier) et l'épée (souvent une pointe de baïonnette).
Pendant tout ce rituel les trois nganga représentent les trois dieux de
l'origine sortis de l'oeuf éclaté:
- Nzame Mebeghe
- None Mebeghe
- et Nyingone Mebeghe
cela dans la symbolique de la création.
Dans la symbolique de la naissance propre à Efun il s'agit du père,
de la mère et de l'enfant (la trilogie de base).
Dans Nkeng et la symbolique de la mort les trois nganga incarnent
le christ sur la croix accompagné des deux larrons.
Sur le plan fonctionnel, bien sûr, les trois nganga rappellent le prêtre
et ses deux acolytes lors du déroulement de la messe.
L'entrée des nganga est assimilable au cérémonial d'entrée du prêtre
et de ses servants.
Un commentaire recueilli par R. Bureau situe bien le sens de cette scène
sur le plan mythique: "c'est le tonnerre qui a fait éclater l'oeuf. Les trois
sont sortis (Nzame, Nyingone, None), ils ont vu un homme qui leur a montré
cette torche agitée de haut en bas (Nkouma).
Cet homme c'est St Michel, kambo: il faisait ce geste aux trois dieux
pour leur montrer la lumière. Dieu a dit quel est ce quatrième ?
C'était le placenta qui les avait enfermés : c'est lui qu'on appelle
kambo (St Michel)" (Notes inédites p. 134).
Le terme nganga désigne presque partout au Gabon la fonction
de devin-guérisseur et chez les