|
Cela fait a peu près
cinq ans que je m’intéresse aux différentes traditions mystiques travaillant
sur
le "développement personnel". A travers les ouvrages de Carlos Castaneda,
Krishnamurti ou encore Stephen Jourdain, j’ai toujours cherché à cerner ce
qui me manquait dans la vie et à trouver le plein épanouissement. Au hasard de
mes recherches, je tombai, sur Internet, sur le récit d’une
expérience sous
eboga. D’après l’auteur, cette plante était un excellent outil
d’introspection et de connaissance de soi. J’appris par la suite qu’aux
USA certains psychanalystes faisaient appel à cette plante pour aider leurs
patients dans leur thérapie. Bien renseigné, je décidai de passer à
l’action. Je me procurai la racine d’eboga auprès d’un ami et dressai un
véritable protocole expérimental pour le bon déroulement du "voyage".
Seulement, il n’y eu pas UN mais PLUSIEURS voyages....
1er voyage
(avril 2000):
En respectant au
maximum le cérémonial bwiti de l’absorption de l’eboga, je jeûne pendant
24 heures puis je prends un bain pour me purifier avant de manger la plante. Mon
colocataire est là pour me filmer, recueillir mes impressions et me surveiller
au cas où...
L'amertume de la
vie.
Je commence par une
cuillerée à café d’écorce de racine râpée. C’est affreusement amer.
Pour faire passer, j’avale une gorgée de décoction de racine broyée. Un
vrai vrai breuvage de sorcière. Mais ce truc est vraiment imbuvable. L’eboga
est la "drogue~’la plus dégueulasse et la plus infect qu’il m’ait été
donné d’absorber. Mais selon les africains, une "médecine" n’est bonne que
si son goût est fort. La pilule et les piqûres indolores, c’est vraiment
fait que pour les blancs !!
En une heure, je réussis
à avaler une dizaine de cuillers à cafés de racine râpée et un verre
d’extrait liquide. Je m’allonge sur le canapé du salon. Je me sens flotter
au dessus de mon corps. Mes bras et mes jambes sont très loin de moi. C’est
comme si mon esprit, ma perception, avaient abandonnés mon corps pour venir se
réfugier dans un coin de ma tête et essayer de s’en échapper. Certains
disent que l’âme doit quitter le corps pour voyager au pays des ancêtres, au
pays du bwiti...
Mon estomac rebelle
de plus en plus. Malgré l’appréhension de la nausée, j’avale une autre
cuillerée d’eboga. Peine perdue. L’amertume sur ma langue est trop forte.
Elle m’envahit la bouche. Je vomis tout ce que je peut et même plus. Les
spasmes sont violents. Je sens mon estomac se révulser et se retourner comme un
gant. Il rejette le moindre gramme de produit.
En route pour la
joie !
Je vais me
rallonger. Mes nerfs, mes tendons, mes muscles sont tendus comme la corde d’un
arc. Mes pensées, comme attachées à une fusée, filent à toute vitesse malgré
une impression paradoxale de ralentissement du temps. Chaque minute semble durer
un siècle. Je ferme les yeux. Au début, des images sans vrai contenu personnel
passent, floues et imprécises. Quand je rouvre les yeux, j’observe une altération
d ma vue des mouvements décomposés et saccadés, une persistance rétinienne,
des éclairs qui cassent les lignes horizontales... Je repars.
Une vieille
locomotive à vapeur tire des wagons de marchandises. Elle s’arrête devant
moi. Chaque wagon contient un thème de ma vie les amis, la famille, des événements
récents comme mon passage traumatisant à l’armée. Un à un, les wagons vont
ouvrir leurs portes pour décharger leur contenu sous forme d’images et de
films récapitulatifs. A chaque thème, un ou plusieurs protagonistes semble me
parler pour me révéler un profond secret mais tout va trop vite et je ne peux
garder aucun souvenir de ce qui se dit. Mes pensées surboostées s’accélèrent.
J’ai l’impression d’encaisser des "G" comme un pilote de chasse. Ça me
chatouille derrière la tête. Des aiguilles viennent tricoter mon cerveau. De
leur ballet mécanique, elles comblent des cases restées vides jusqu’à présent.
C’est comme si on recompilait mon cerveau comme un vulgaire disque dur
d’ordinateur...
Je retrouve des "sensations"
de mon enfance. Quand j’avais cinq ans et que je m’endormais, je tombais
avec mon lit dans un gouffre dont les parois étaient faites de coton. Le lit était
très grand. Et dans cette immensité, je me recroquevillais avec bonheur sous
la couverture.
Je passe la majeure
partie de la nuit à tenter de suivre le fil des images. Tout s’estompe en une
bouillie de pensées, d’aphorismes, de scénarios de films les plus fous. Je
m’impose de retenir les plus intéressants pour retravailler dessus après. On
ne sait jamais, l’idée du siècle est peut-être là-dedans... Cependant,
certaines visions sont imprégnées de sensations très fortes. Je ne sais pas
trop comment l’expliquer des impressions, des ressentis. Cela vous brûle de
l’intérieur mais reste positif. Je me sens alors comme un petit garçon de
cinq ans complètement paumé. Et la jeune femme qui partageait ma vie au moment
de l’expérience apparaît elle aussi comme une gosse paumée... Qui se
ressemble, s’assemble !
Je ne m’endors
pas avant le petit matin, mon coloc’ a déclaré forfait depuis longtemps et
est parti se coucher avec la caméra.
Vanitas,
vanitatis...
Je me réveille
avec l’estomac nauséeux, la vision encore troublée d’éclairs. Dehors, la
lumière du jour est trop violente. Elle est glauque... Je me sens mal, très
mal. L’impression d’avoir raté quelque chose d’important. Un échec
cuisant. Moi qui avait misé gros sur cette plante exotique pour enfin réussir
ma vie...
Mon
coloc’ toujours vivant me propose d’aller prendre l’air. C’est d’un
pas guère assuré que je l’accompagne le long de la Seine dans cette lumière
verdâtre aveuglante.
De retour à la
maison, il me laisse seul pour aller travailler, ça ne fait pas cinq minutes
qu’il a claqué la porte que, tout d’un coup, le rideau qui
m’obscurcissait le cœur se déchire (partiellement). CRAAAC !! Une vague de désespoir
s’abat sur moi. Je tombe. Je m’aperçois que tout ce que j’ai fait dans ma
vie n’est que "merde inachevée". Mes relations avec les gens, mon travail de
cinéaste, mes projets avortés sous le moindre prétexte. Ce que j’ai fait
jusqu’à présent ne repose que sur l’égoïsme, le manque de conviction et
la mesquinerie envers soi-même. Un gouffre sans fond s’ouvre sous mes pieds
celui du DÉGOûT DE SOI (
Vanitas,
vanitatis,
tout n’est que vanité )
Je ne souhaite que
cela n’arrive à personne, même pas à mon pire ennemi !
Ne
voir que de la merde dans ses actions. Ne pas les mener à leur termes, ne pas
s’absorber dans leur total accomplissement. Alors je pleure. J'éclate en
sanglots comme le môme vraiment paumé que je suis.
Deux heures après,
pour achever ma noyade de larmes, je décide d’aller nager un peu à la
piscine municipale. Je redécouvre la sensualité de l’eau sur ma peau. Dans
mes mouvements de crawl, je sens les courants liquides me chatouiller pour la
première fois. de retour sous la douche, j’observe finement comme si je ne
l’avais jamais remarqué l’eau chaude ruisseler sur mes bras et former de
minuscules torrents cristallins... Une renaissance.
2ème voyage
(juin 2000):
Maintenant que je
connais le goût horrible de l'eboga, je prends mes précautions. Je conditionne
12 grammes écorce de racine râpée en gélules trouvées en pharmacie. Cela
fait 28 gélules à avaler. Après le jeûne et le bain, je recommence le
protocole d’expérimentation: 3 gélules toutes les 10 mn mais plus
d’extrait liquide.
On prend les mêmes
et on recommence.
Au bout de deux
heures, c’est la tempête dans mon estomac. Redoutant encore des nausées, je
m’allonge et m’efforce de rester calme. Mais c’est sans compter le pouvoir
vomitif de l'eboga. Dans le culte bwiti, vomir fait partie du processus de "purification".
On expulse le "lait de la mère". Je vais donc me "purifier" dans une
bassine restée à portée de main, ou même de bouche devrais-je dire ! Soulagé,
je m’allonge pour de bon. Je ne m’étonne plus des effets physiques de la
plante comme les troubles de a vue, la sensation de "décorporation" ou le
ralentissement du temps. J’attends plus des visions et des effets
psycho-actifs. C’est pourquoi je ferme les yeux pour commencer au plus vite le
voyage.
La nuit s’écoule
lentement comme si elle ne devait jamais finir. Je me tourne et me retourne dans
le sofa pour trouver une position confortable, les nerfs tendus à craquer.
Flottant au dessus
de mon corps, j’entends le moindre son à des kilomètres à la ronde : les
pneus des voitures sur l’asphalte, les klaxons, les murmures des voisins...
Pour le reste, le
voyage me semble moins intense en visons mais plus éprouvant physiquement.
Pourtant, le plus important reste à venir. Je m’endors à bout de forces aux
dernières lueurs de l’aube. Je rêve. Je rêve d’un rêve parfaitement
lucide où je sais que je suis en train de rêver. Et c’est là que les
psychanalystes vont se régaler...
Maman, je vais te
tuer !
Je suis sur un plateau rocheux entouré de collines verdoyantes. A côté
de moi, se tient ma mère. Elle m’énerve tellement que je pose mes mains sur
son cou et me met à l'étrangler. Non pas pour la tuer mais juste pour lui
faire peur. Sous la pression de mes doigts, ma mère "diminue" de taille, elle
tombe à genoux. Je peux enfin la dominer. Je grandis. Je lui crie pour
qu’elle entende bien : "Fous-moi la paix". Tu sais que tu peux mourir là,
maintenant, alors apprécie la vie dans l’instant présent. Laisse moi
tranquille!". Je peux lire la peur dans ses yeux. Elle ne dit plus un mot.
A mon réveil, je
garde un souvenir très fort de ce rêve. Je me sens tout joyeux, rempli d’une
secrète confiance. Étrangler sa mère en rêve, ça c’est jouissif !
L’eboga semble induire des changements dans l’inconscient 24 heures après
son ingestion. Ce ne sont pas les visions que l’on a pendant l’intoxication
qui sont importantes, ce sont plutôt les rêves que l’on a après. Comme une
fenêtre ouverte sur nos plus profondes blessures...
3ème voyage
(septembre 2000):
Je sais maintenant
qu’un voyage d'eboga ne peut se faire seul et hors contexte initiatique. Trop
de questions et pas assez de réponses autour de moi. On m’offre l’occasion
de rencontrer un Nganga (authentique prêtre-sorcier du Bwiti Mitsogho) qui
saura me faire passer le rite complet du bwiti.
La magie du Bwiti
Mitsogho.
La rencontre se
passe bien. Le courant passe entre le Nganga et moi. La veille de l’initiation
à l'eboga, à la lueur des bougies, il me pose tout un tas de questions sur ma
vie, mes motivations, mes doutes et mes espoirs. C’est ce qu’il appelle une "consultation".
En fait, une véritable radiographie de mon âme! Il me fait promettre de garder
le secret sur certains aspects du culte bwiti. Je ne dois parler de cela qu’à
des initiés. Vous comprendrez donc que je ne fasse ici qu’un récit très résumé
de ma mort et de ma renaissance...
Je jeune pendant 24
heures. Le soir, le Nganga me fait prendre un bain avec des plantes afin de me
purifier. Que je sois propre pour mourir. Il me fait revêtir un pagne et me
pose sur la tête un bandeau de koris piqué d’une plume de perroquet rouge.
Je m’assieds en face de lui. La cérémonie peut commencer...
La personne qui
m’a introduit auprès du Nganga me tend l'eboga sous forme de gélules d'ibogaïne
pure. Cette fois-çi adieu racine dégueulasse, bonjour chimie de synthèse au
goût édulcoré pour européen !! J'avale les gélules avec un peu d’eau.
Deux heures après,
je commence à avoir des hallucinations. Je sens tout les muscles de mon corps
se contracter. Le "bois sacré", l'eboga, entre en moi et me rend dur.
Je me concentre sur
la musique bwiti diffusée dans la pièce par un radio- cassette. Elle est là,
répétitive, appelant la transe. Elle apparaît comme une corde qu’il
faudrait suivre. Une corde tendue au dessus du vide et sur laquelle il faut
marcher. Jusqu’au bout. Sinon gare à la chute !! Je fais part au Nganga de
mes hallucinations. Il se lève et danse autour de moi pour célébrer le début
du voyage. Mes pensées filent à toute vitesse. Mon esprit doit continuer de
suivre la musique. Régulièrement le Nganga s’assure de mon état. Il me fait
marcher autour de la pièce pour juger du degré de mon intoxication. Je me sens
nauséeux. Il me tend une bassine. Je me "purifie". Je suffoque. Je suis à jeun
et c’est le pire vomis de ma vie. Tout mon abdomen se révulse. J’ai
quelques spasmes. Je vais m’allonger. Le Nganga restera une bonne partie de la
nuit pour me surveiller. Dans la nuit ou au petit matin, je ne sais plus, je
tombe dans un état à mi chemin entre le sommeil et l'éveil. Et j’ai
plusieurs visions...
Souvenirs,
souvenirs...
Je me retrouve enfant. Je suis dans un supermarché. Devant moi, mes
parents poussent un caddie. Ils sont de dos et je ne peux voir leurs visages. Je
ferme la marche. A cause de ma petite taille, je vois tout en contre-plongée.
Tout en avançant en un travelling impeccable, je regarde le faux plafond et ses
tubes de néons, le haut des rayons surchargés, les têtes de gondoles...
L'échelle de
Jacob.
Je suis au pied d’une échelle. Elle tient toute seule à la verticale.
Son sommet disparaît dans le ciel. Je monte alors les premiers barreaux. Mon père
arrive et d’une voix très autoritaire, il m’interdit formellement de dépasser
la première moitié de échelle Le reste, je ne pourrais le gravir qu’une
fois devenu adulte. Prisonnier de cet anathème, je reste bloqué, incapable du
moindre mouvement.
Sur un fond noir, je
vois le visage de mon ex-amie qui m’a quittée quelques semaines auparavant.
Elle sourit. Elle est comme une icône rassurante qui s’estompe peu à peu
avant de me laisser tomber dans un sommeil lourd. Le néant.
Je me réveille
dans la matinée en meilleure forme physique que lors de mes précédents
voyages. Le nganga, mes parents de bwiti, tout le monde est aux petits soins
avec moi. Je suis comme le nouveau-né qui réclamerait toute l’attention. En
tant qu’initiés (bandjis), ils vont écouter le récit de mon voyage et de
mes visions. Le dialogue est là pour étayer ce que j’ai vu, l‘interpréter
et le digérer. Dans le rite du bwiti, la parole fait figure d’outil
didactique structurant au même titre que le reste de la cérémonie... Mais
connaissant maintenant l’effet régressif de l'eboga, je sais que ses visions
ne sont pas finies pour autant.
Dans l'après midi,
je fais une sieste bien méritée. Et je fais plusieurs rêves lucides...
Des baskets pour thérapie.
Je suis au milieu d’une rivière, de l’eau jusqu’aux chevilles. Je
tente de faire démarrer un petit feu de bois sur une immense feuille de
bananier posée à la surface de l’eau. Je souffle sur les braises pour que le
feu prenne. Le niveau de la rivière monte brusquement. Je me souviens que
j’ai posé mes chaussures sur la berge. Je les vois qui vont être bientôt
englouties. Je lâche la feuille de bananier et regagne la terre ferme pour
aller sauver mes souliers. Hors de danger, je les enfile et je suis tout content
d’être au sec.
Une voix divine descend du ciel pour me parler : "Tu as eu raison. Tes
chaussures sont la seule chose importante dont tu dois prendre soin. Avec elles,
tu seras bien partout."
La morale de cette histoire : au lieu de s’échiner à accomplir des tâches
aussi stupides que d’allumer un feu sur de l’eau, il vaut mieux s’efforcer
d’être bien dans ses baskets.
L'avenir ...
Avec deux amis, je me promène sur une une jetée qui longe le bord de
mer. Nous nous arrêtons pour bavarder un peu. Le vent souffle fort. La mer est
blanche d’écume. Mais le soleil est là pour rendre la température clémente.
Accoudés au muret de béton de la jetée, nous tombons tout les trois
d’accord sur le fait que la France est devenue trop petite. Il faut voyager,
partir à la découverte du monde...
Quelques semaines après ce rêve lucide bien anodin, je suis parti en
Irlande. Un après-midi, je me promenais le long du bord de mer. Et j’ai trouvé
l’endroit que j’avais vu en rêve. Cette même jetée en béton ! Le vent
soufflait fort. La mer était blanche d’écume. Le soleil brillait et rendait
la température très agréable. C’était à Dublin, en face de Bull Island !
48 heures ce sont
écoulées depuis mon initiation, je dois quitter le nganga et mes parents de
bwiti qui m’ont hébergé. Je les remercie du mieux que je peux. Je crois que
j’ai fait sauté quelques verrous de mon "histoire personnelle". J’ai brisé
quelques schémas comportementaux qui se répétaient trop souvent. Reste
maintenant à agir en conséquence. Le Nganga me donne sur le quai de la gare
les dernières recommandations pour ma nouvelle vie...
L’eboga
avait ouvert une brèche dans mon inconscient et je réglais ainsi beaucoup de
choses restées trop longtemps en suspends. J’ai continué à faire des rêves
d’une extraordinaire précision pendant trois semaines. Les raconter tous ici
me prendrait trop de temps aussi n’en voici que les plus significatifs...
La Grande Evasion :
Ainsi, deux jours après mon initiation : Dans une lumière du jour
blafarde, je suis poursuivi par d’anciens "amis" avec lesquels je me suis
brouillés dans la vie réelle. Nous courrons dans ce qui semble être un camp
militaire. Il y a des fils de fer barbelés, des bâtiments monochrome en tôle
ondulée.
Mes anciens amis m’acculent à la porte d’un bâtiment.
Ils me forcent à y entrer. Ils m’enferment dans une petite pièce derrière
une succession de portes et d’autres pièces qui s’emboîtent comme une poupée
russe.
J’attends qu’ils s’éloignent. Je réussis à ouvrir la porte de ma
cellule. Puis j’entreprends de faire sauter un à un les verrous des autres
portes qui mènent vers la sortie. Arrivé à la dernière porte, la serrure me
résiste. Elle semble bloquée. C’est alors qu’apparaissent mes geôliers à
l’autre bout du couloir. Ils arrivent sur moi en courant et en vociférant.
In extremis, je fais jouer la clef, la porte s’ouvre. Je la referme
d’un coup sec derrière moi, prenant ainsi à leur propre piège mes
poursuivants.
Après coup, il semblerait que ce rêve soit en rapport avec l’histoire
de mon grand-père, juif polonais persécuté pendant la guerre, qui a réussi
à se cacher et à sauver l’ensemble de sa famille des mains des nazis. Mais
cette histoire, on ne me l’a jamais racontée précisément... Je laisse aux
psychanalystes le soin d’expliquer les notions d’inconscient refoulé, de
psychogenèse et d’héritage familial...
Y'a-t-il un pilote
dans l'avion ?
Un dernier pour la route Je suis avec mon ex-amie dans un petit avion à
hélice. Nous survolons une jungle inextricable. L’avion a des problèmes.
Nous devons sauter. Il n’y a qu’un parachute. C’est elle qui le prend.
De mes deux bras, je m’accroche fermement à sa taille. Nous descendons
lentement avec le parachute grand ouvert au dessus de la forêt. Mais lors de
l‘atterrissage, nous restons accrochés à la cime d’un arbre. Nous sommes
suspendus à quelques mètres au dessus du sol. Mon ex-amie ne peut faire un
mouvement, ses bras tiennent les suspentes du parachute. Et moi, je suis
toujours agrippé à elle comme un singe à sa liane... Elle me dit que j’ai
un couteau dans ma poche. Je dois m’en servir pour couper les suspentes et
nous délivrer de notre prison végétale. Je refuse. Si je lâche ne serait-ce
qu’un bras pour fouiller ma poche, je tombe. De sa douce voix, elle me
persuade. Je ne sais trop comment mais je réussis à prendre mon couteau et à
couper harnais et suspentes. Nous tombons doucement sur un tapis d’herbe.
Enfin libres de nos mouvements, elle se précipite sur moi pour me couvrir de
baisers...
En conclusion :
Grâce à l'eboga,
j’ai déjoué la spirale infernale d’échec permanent dans laquelle j’étais
tenu depuis mon adolescence. Et qui s’exprimait sous la forme de rêves où
j’étais continuellement en position de victime, agressé, pourchassé, dominé...
Maintenant, mes rêves sont plus simples, plus bavards. Je solde mes comptes
avec mes amis, la famille... J’ai davantage confiance en moi pour trouver un
travail ou réussir professionnellement. Le monde extérieur me fait moins peur.
Je suis plus à l’écoute de mes instincts.
En revanche, mon
initiation s’est faite peu de temps après une rupture amoureuse des plus
douloureuses pour moi. Et ça, l'eboga ne l’a pas guéri. Parce que j’ai
vomi, j’ai rejeté le peu d'ibogaïne qu'il me restait à assimiler pour aller
jusqu’au bout du voyage. Il faut croire qu’il me reste des choses à voir.
La Connaissance ne se donne pas facilement. Surtout la Connaissance de Soi.
L'eboga me semble
être une "drogue" qui ouvre une fenêtre sur notre inconscient refoulé.
Celui-ci se manifeste sous forme de rêves conscients ou de visions à fort
contenu symbolique. Ces scénarios fantasmatiques sont comme une nouvelle grille
de lecture posée sur notre "histoire personnelle". Nous pouvons mieux en digérer
les traumas ou en faire le deuil. En reconsidérant sous un jour nouveau ces
petits films souvent liés à l’enfance, nous nous en affranchissons plus
facilement. Nous pouvons prendre conscience de nos schémas comportementaux répétitifs.
Nous brisons les "routines de la vie". Mais cela ne peut en aucun cas se faire
seul. Le voyage d'eboga est une psychanalyse condensée, il nécessite un
accompagnement physique et psychologique des plus rigoureux. Il marque le
passage de la mort à la renaissance. Et le nouveau-né n’arrive-t-il pas dans
la douleur et les larmes?? D’où l’importance du dialogue avec des "initiés".
Alors si le coeur
vous en dit, bon voyage !
Thomas
F
Remarques :
Pour les notions
de "routines de la vie","histoire personnelle", "connaissance", "rêves lucides",
se reporter aux ouvrages de Carlos Castaneda...
Quelques témoignages
|